-Des pertes sentimentales de Félicité
Félicité vivra toute sa vie conditionnée par l'histoire de son enfance, le malheur qu'elle subit dès son plus jeune âge lorsqu'elle est orpheline, car son père est mort en tombant d'un échafaudage et plus tard sa mère meurt aussi (bien que le livre ne précise pas de quelle manière). Ses sœurs se dispersent et elle perd tout contact avec sa famille jusqu'à ce que, bien des années plus tard, elle retrouve son neveu Victor. On peut donc dire que Félicité passe son enfance et sa jeunesse pratiquement seule. La solitude dans laquelle elle vit est compensée à un moment donné dans ses jeunes années par un amour, en principe réciproque, pour Théodore, un jeune homme aisé qu'elle a rencontré dans une verveine.
On ne sait pas s'il l'aimait vraiment, mais toutes ses confidences ont rendu Félicité plus amoureuse de lui, et le fait qu'elle ait résisté à l'idée de coucher avec lui a également suscité l'intérêt de Théodore. Mais cet intérêt est vite contrarié par la peur d'être appelé au service militaire obligatoire, et ainsi, à cause du matérialisme dans lequel le jeune homme vit, il épouse une veuve très riche par intérêt, Madame Lehoussais de Touques, laissant notre protagoniste à l'abandon. Félicité est tellement détruite, elle crie et pleure si fort qu’elle perd toutes ses énergies et reste dans la campagne toute la nuit dans la tristesse.
C’est dans ce moment-là que Félicité commence à travailler pour Mme Aubin et c'est là où Félicité connaît les enfants de la maison, Paul et Virginie, puis elle développe un amour fort pour eux. Un amour qui pourrait être compris comme un instinct maternel frustré: n'ayant pas eu de mari, elle n'a pas pu former sa propre famille ni avoir ses propres enfants ; par conséquent, ce manque d'amour la pousse à tourner toute son attention vers Paul et Virginie dès qu'elle commence à travailler dans la maison de Mme Aubain. Après l'abandon de Théodore et les tristes histoires qu'elle avait vécues avant, elle a trouvé les enfants auxquels elle peut donner tout l’amour qu’elle n'a jamais eu pas.
C’est un point important parce que les enfants n'ont pas reçu d'amour de leur mère en fonction de la classe sociale à la qu’ils appartiennent, ce qui rend le lien entre le protagoniste et les enfants encore plus étroit, en plus, en s'occupant d'eux, Félicité a appris certaines choses avec eux, car elle n'avait reçu aucune éducation dans son enfance, comme les explications que Paul lui donnait sur les planches qu'ils étudiaient, ainsi que le catéchisme, en accompagnant Virginie à l'église. N'ayant pas pu vivre tout ça dans son enfance, elle le vit en même temps que Virginia.
Cette situation est réciproque pour les enfants et Félicité car chacun profite des momments ensemble, cela cré une lien d'union puissante. Mais la tristesse revient lorsque, sur décision de Mme Aubin, Paul et Virginie sont envoyés en pension, ce qui est une grande perte pour Félicité, au point de remettre en question sa maîtresse.
Plus tard Félicité fera la connaissance de son neveu Victor, qui comblera pour Félicité le manque d'affection que lui portaient les enfants avant son départ, ce qui crée un nouveau lien important pour la protagoniste qui a même demandé la visite de Victor pour pouvoir se distraire un peu de son travail.
Victor a été forcé par ses parents à s'engager à l’armée et Félicité perd en quelque sorte son neveu, car il n'est allé la voir qu'au retour de ses voyages. Plus tard, Victor doit partir à la Havane et Félicité n'a pas l'occasion de faire ses adieux à son neveu.
Cela ne ferait qu'empirer car, plus tard, Félicité reçoit une lettre l'informant que le jeune homme est mort. Le coup est si dur pour Félicité qu'elle ne veut plus avoir affaire à sa famille, car la rendent responsable de la mort de son neveu. De cette manière, elle perdra à nouveau tout lien avec son propre sang.
Peu de temps après, elle reçut un autre coup tout aussi sévère, Virginia tomba très malade et mourut bientôt. Lorsqu'elle arrive au pensionnat, Virginia est déjà morte, mais cela ne l'empêche pas de rester à ses côtés jusqu'à leur retour à la maison, où elle sera enterrée. Il prend soin de la jeune fille, la nettoie comme si elle était encore vivante et prie pour elle. Pour savoir qu'elle aura toujours Virginie à ses côtés, Félicité coupe une mèche de ses cheveux et la garde sur sa poitrine, afin que son instinct maternel revienne.
Après la mort des enfants, et surtout celle de Virginie, Félicité et Mme Aubain seront égales dans la peine qu'elles éprouvent toutes deux. Mme Aubain a toujours été régie par son matérialisme et les normes sociales. Mais toute cette froideur est brisée par la perte de sa fille, ce qui rendra maîtresse et servante égales et fera grandir le respect de Félicité pour sa maîtresse. Félicité souffre également beaucoup de la mort de sa maîtresse précisément pour cette raison, le lien qu'elle a réussi à établir avec sa maîtresse dépasse les normes de la hiérarchie des classes de l'époque, en bref Félicité a l'impression de perdre toute sa famille pour la deuxième fois. Mais avant qu'elle ne perde tout pour de bon, un petit perroquet entre dans sa vie et elle s'entiche de lui, il s'appelle Loulou et elle l'aime beaucoup car il lui rappelle son neveu Victor, car le perroquet est originaire d'Amérique.
Le perroquet Loulou va devenir la seule chose qui existe et qui est importante pour elle. Lorsque le perroquet meurt, elle souffre tellement de la perte de l'oiseau que sa maîtresse le fait concevoir pour que le perroquet soit toujours avec elle. Félicité attend longtemps que Loulou lui soit rendu, pensant même l'avoir perdu à jamais, et lorsqu'elle le récupère, elle le met dans sa chambre où elle crée un lieu de culte autour de lui, devenant presque idolâtre dans sa passion pour l'animal.
Pour finir ce point, on conclu que le protagoniste vit dans un malheur presque constant. Puisque toutes les personnes et même les animaux qu'elle a aimés ont fini par mourir ou, comme dans le cas de Pablo, par l'oublier. Mais tout cela n'empêche pas Félicité d'être gentille, compatissante et douce.